Pendant des décennies, le français a servi de langue de facto du pouvoir, de l'éducation et de la mobilité sociale au Maroc. Ce consensus s'érode. L'anglais gagne progressivement du terrain sur le français chez les jeunes Marocains, et ce changement remodèle la dynamique des universités, des réseaux sociaux et du monde professionnel, y compris les relations entre les jeunes résidents et les Marocains vivant à l'étranger.
Un pays multilingue en pleine transition
Le Maroc a toujours porté une identité linguistique complexe. L'arabe et l'amazighe sont les deux langues officielles du royaume, tandis que le français et l'anglais occupent tous deux une place importante dans le paysage linguistique plus large du pays. Mais cet équilibre est maintenant en mouvement. Là où le français servait autrefois de langue naturelle de communication, de plus en plus de jeunes observent un pivot clair vers l'anglais, créant parfois un fossé entre les Marocains restés au pays et ceux vivant à l'étranger. Selon un reportage de Yabiladi, un étudiant de Rabat a résumé l'ambiance simplement : « Le Maroc est un pays multilingue, mais aujourd'hui l'anglais domine. »
Ce changement ne se fait pas isolément. Il reflète une préférence générationnelle délibérée qui s'appuie sur la consommation culturelle, le calcul de carrière et le désir de se connecter au monde plus large plutôt qu'à une seule ancienne puissance coloniale.
La culture numérique et l'ambition mondiale alimentent le changement
Les raisons de ce pivot sont aussi pratiques que symboliques. L'anglais est largement perçu comme accessible et relativement facile à acquérir, en grande partie parce que le contenu culturel dans cette langue est si abondant. Des plateformes comme Netflix, YouTube et les réseaux sociaux fonctionnent simultanément comme divertissement et comme outils d'apprentissage des langues informels. L'anglais est aussi considéré comme la langue internationale qui ouvre la plus large gamme d'opportunités en éducation, voyage, affaires et échanges transfrontaliers.
Le français, en revanche, perd son attrait aspirationnel. Les jeunes Marocains le décrivent de plus en plus comme difficile à maîtriser et comme une langue qui les enferme dans une relation presque exclusive avec la France et un ensemble limité de pays francophones. Plus des deux tiers des jeunes Marocains croient que, dans les cinq prochaines années, l'anglais remplacera le français comme langue étrangère principale du pays, et 74 pour cent pensent qu'un passage à l'anglais bénéficiera aux ambitions du Maroc en tant que centre commercial et touristique international.

Les universités et les politiques publiques s'adaptent
Le changement n'est pas seulement ascendant. Les institutions marocaines réagissent activement. Les universités ont multiplié les programmes en anglais et élargi les accords d'échange avec des institutions non francophones à l'étranger. Au niveau politique, le Maroc se prépare à un déploiement progressif de l'enseignement de l'anglais à partir de la première année du collège dans le système public, dans le cadre d'une réforme curriculaire plus large visant à promouvoir la diversité linguistique.
Entre-temps, la maîtrise du français est devenue de plus en plus liée à la classe sociale, car la qualité de l'enseignement du français dans les écoles publiques a baissé au fil des ans. Les jeunes Marocains apprennent maintenant l'anglais principalement à l'école, à travers les films et les séries télévisées, et sur internet, avec les écoles représentant 37 pour cent de l'acquisition, suivies par les films et séries à 25 pour cent, et les sources en ligne à 17 pour cent. Les institutions de langues privées et les applications mobiles gagnent également en popularité, renforçant la tendance en dehors du système d'éducation formel.
Une nouvelle rupture avec la diaspora marocaine
L'une des conséquences de ce changement qui reçoit moins d'attention est son effet sur les relations entre les jeunes Marocains restés au pays et ceux qui ont grandi à l'étranger. Cette recomposition linguistique produit des effets inattendus sur les liens entre les jeunes résidents et les membres de la diaspora marocaine. Une étudiante basée en France interrogée dans le rapport source a décrit l'expérience de visiter le Maroc et d'être répondue en anglais quand elle parlait français, notant qu'elle se sentait en retard dans certains échanges. Elle a reconnu que le Darija, l'arabe marocain, restait son pont. Sans cela, a-t-elle dit, elle se sentirait complètement décalée.
Cette dynamique pointe vers quelque chose de plus large : la langue du confort et de la connexion au Maroc change, et la diaspora, longtemps habituée à utiliser le français comme code partagé avec les proches au pays, doit maintenant naviguer un registre différent.
Ce que cela signifie pour l'avenir du Maroc
Le passage du français à l'anglais chez les jeunes Marocains n'est pas un rejet du multilinguisme. C'est un réajustement. Les experts estiment que l'anglais pourrait prendre la position de langue étrangère principale du Maroc dans dix à quinze ans, même si le français conserve pour l'instant une forte protection institutionnelle dans la vie quotidienne. Aujourd'hui, 82 pour cent des jeunes Marocains expriment une vue positive de l'anglais comme langue, et 65 pour cent le considèrent comme très important, comparé à 47 pour cent qui en disent autant du français. Le Maroc n'abandonne pas ses langues. Il choisit de nouveaux leaders, et ce choix porte de plus en plus le poids des ambitions de toute une génération.
D'après un reportage de Yabiladi / MSN Afrique du Nord (yabiladi.com)













